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  • Ses chaussures glissaient sur la boue. Ses mollets étaient entaillés par ses nombreux passages trop près des arbres, des branches coupantes et des épines. Ses genoux craquaient à chaque pas, il ne les sentait même plus. Ses cuisses le brûlaient, à cause de ses nombreuses heures de marche dans le sol meuble. Ses jambes ne le porteraient bientôt plus. Alors il s’aida de ses mains. Ses mains écorchées où l’on pouvait voir sa chair luisante et saignante qui dégageaient des reflux d’hémoglobine. Il s’appuyait sur les troncs et les branches dont émergeaient des bouts d’écorce. Pour arranger son état, ses poumons lui faisaient mal à chaque fois que sa poitrine se soulevait. Ses inspirations courtes et rapides l’essoufflaient ; ses poumons semblaient avoir rétréci et n’emmagasinaient que très peu d’air. A force de respirer trop vite et d’évoluer dans la végétation hostile, il sentait le liquide chaud de son dernier repas remonter dans sa gorge. Il sentait même le goût de ce qui était encore un écureuil ce matin sur le fond de sa langue. Il n’entendait plus le craquement des branches, ni le vent, ni les quelques oiseaux qui s’aventuraient encore dans la région. Il n’entendait que les battements de son cœur résonner dans sa tête à un rythme effréné. Il continua cependant d’avancer et parvint même à éviter quelques obstacles. Mais le contenu de son estomac menaçait de retourner à l’air libre.
    Il décida alors de s’arrêter quelques instants. Après tout, mieux valait qu’il la retrouve après une petite pause plutôt qu’il meure à la moitié du chemin. Et quel chemin ! Quand il a entreprit son voyage de retour pour la rejoindre, le ciel était encore rose et le soleil avait à peine commencé son ascension. Midi avait déjà passé depuis longtemps, et il ne gardait de cette période de la journée que de mauvais souvenirs : le soleil l’avait presque assommé et il n’avait rien trouvé pour se nourrir. Maintenant, il devait bien être cinq, voire six heures du soir. Il ne devait plus être loin.
     
    Elle était censée l’attendre quelques mètres devant le bois. Comment réagira-t-elle quand elle verra qu’il ne rapporte rien ? Penser à elle lui permit d’oublier un moment sa nausée et il se résolu à repartir. Il ne savait pas combien de temps il était resté assis. Peut-être qu’il s’était assoupi. Aucune idée, et aucune importance. Il devait la prévenir au plus vite.
    Il sollicita ses muscles endoloris pour se relever. Il resta immobile contre un arbre un instant en fixant le sol. Sa tête lui tournait. Il pensa tout d’abord s’être levé trop vite, mais le tournis ne disparu toujours pas après plusieurs minutes. Tant pis, il continuerait avec.
    Tandis qu’il marchait, il sentait le fluide chaud couler de son épaule le long de son bras. Sa blessure saignait à nouveau. Il se l’était faite le matin même, sur le bord de la route où une voiture était censée l’emmener à la ville la plus proche pour y trouver de quoi manger, se changer, voire se laver si la chance était avec lui. Au lieu de cela, il n’avait trouvé que des corps décharnés, pourris, décomposés, autour desquels flottait une odeur pestilentielle de viande périmée. Le plus malheureux était que, bien sûr, ces corps étaient debout et lui avaient sauté dessus à son arrivée.
    Cela faisait très longtemps qu’on n’avait plus vu de morts rester morts. Mais il commençait à y être habitué. Viser la tête, parade ultime. Il était assez fier d’avoir survécu à ces morts-vivants ce matin. Comme ça, il pouvait la retrouver et la prévenir.

    Un son rauque parvint à ses oreilles, un son qu’il ne connaissait que trop bien. Il y en avait un pas loin. Peut-être à cent mètres, même pas. Il s’arrêta. Si le son s’éloignait, il repartirait à plus vive allure. Si au contraire il se rapprochait… Il resta immobile, retint presque sa respiration difficile et fixa son regard sur une feuille morte devant lui. La voix se faisait plus audible, s’y ajoutèrent des bruits de pas et branches qui craquent. Il avait du mal à rester concentré avec ce tournis, cette nausée, ces jambes tremblantes et les palpitations de son cœur dans les oreilles. Il ferma les yeux et envisagea un potentiel affrontement. Cette fois, il risquerait d’y laisser sa peau, et ce périple n’aura été d’aucune utilité en plus d’être ses dernières heures. Pour la première fois de sa vie, il pria pour que le mort n’approche pas.

    Sans se contrôler, il repartit dans ses pensées. Jamais il n’aurait dû croire le duo rencontré la veille. Des hommes honnêtes et généreux pendant la fin du monde ? Difficile d’en trouver. L’apparition des monstres transformait les Hommes en une autre sorte de monstres. Et pourtant, hier, il avait de l’espoir que ces deux hommes le soient. Il leur avait tout de même sauvé la vie alors que des morts-vivants les avaient attaqués dans leur sommeil ! C’était donc normal qu’ils le récompensent. Ils avaient proposé de l’escorter jusqu’à la première ville en voiture, de l’aider à récolter des ressources, puis de le ramener. Ces lâches avaient sûrement quitté la région après son départ, voyant qu’elle était infestée. Ce n’était pas des ressources qu’il avait récolté, mais bien des problèmes ! Et maintenant, il allait mourir dévoré par un corps solitaire qui errait dans le bois.
    Il ouvrit les yeux. Plus de bruit de voix, plus de souffle tremblotant. Il était bien seul. L’autre avait changé de direction sans le repérer. Premier coup de chance de la journée. Cela lui redonna du courage. Il était presque arrivé et repartit de plus belle. Il traversait la végétation à grandes enjambées sans même regarder sur quoi – ou qui – il marchait. Il oublia les douleurs des muscles dans ses jambes et ses poumons. Il savait qu’il perdrait bientôt connaissance et qu’il ne pourrait bientôt plus se supporter. Il savait aussi que le bois touchait à sa fin. Il apercevait déjà le feu de camp qu’elle avait allumé. Il voyait la tente, puis les armes qu’ils avaient dénichées. Il la distinguait elle, debout, le fusil à l’épaule. Elle faisait les cent pas. Un beau tableau pour finir la journée.

    Il s’écroula de tout son long devant la tente. Elle sursauta et accourut auprès de lui. Elle avait beaucoup de questions à lui poser, mais se ravisa quand elle remarqua qu’il ne rapportait rien. Elle comprit qu’il avait passé une sale journée. Alors elle se leva pour prendre de quoi le soulager, lui donner les dernières réserves de nourriture. Elle sentit sa main l’agripper.

    « Je dois te soigner ! Reste ici.
    -- Toi reste ici, parvint-il à articuler.
    -- Si on ne fait rien, tu vas y passer. Reste ici. »
    Il la retint quand elle tenta de se lever.
    « Fais ce que tu as à faire. Je suis revenu te dire au revoir. Tu seras le dernier souvenir que j’emporterai avec moi. »
     
    Alors il se sentit soulagé. Il laissa la douleur l’envahir et s’abandonna totalement à son sort. Il n’essayait plus de résister. Il admira une dernière fois son visage et ferma les yeux. Définitivement.
    Lorsque sa tête tomba sur le côté, elle put voir sur son épaule une blessure qui saignait encore. Elle laissait apparaître des filaments de chair déchiquetés, certains pendaient mollement de l’ouverture béante, d’autres se confondaient avec les fibres des muscles entaillés et déformés. Cela semblait dater de quelques heures, peut-être du matin. Elle regarda la morsure, et fit ce qu’elle avait à faire.

    Salut à vous ! Voici une toute petite nouvelle pour Pâques (bon ok, ça n'a rien à voir avec le chocolat mais c'est pas grave XD ), spécialement pour vous.

    Merci de me dire ce que vous en pensez ;)

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