• Le Citoyen, l'Immigré et le Président par Sadie Yallo

     

     

    Il est de nos jours

    Une honnête profession

    Qui consiste à faire

    Réformes et discours.

    Lorsque les hommes, de Lettres dit-on,

    Se mettent avec grandiloquence

    A parler,

    Il est du devoir du citoyen avisé

    D'écouter leur silence.

    Un soir, homme du peuple et érudit,

    Le Citoyen mit

    Sur la table le conflit

    Qui oppose le peuple

    Au Président.

    Ses amis, attentifs et patients

    Font alors remarquer au Citoyen

    Qu'il s'attaque au théâtre sacré

    Où les marionnettes,

    Princes et Rois,

    Sont intouchables et vénérés.

    Le citoyen, habile parleur,

    Leur fit remarquer

    Que les ficelles tenaient les poupées,

    Aussi, fussent-elles grandes, en dentelle,

    Ou délicieusement satinées,

    Sans ficelles, plus de poupées.

    Et de là il s'empressa d'ajouter

    que la course au pouvoir

    Les tenait éveillées.

    L'Immigré, assis jusque là,

    Voulut prendre la parole :

    « Messieurs, messieurs, cria-t-il,

    Mesurez votre rancœur !

    Ne sont-ce pas là

    Force préjugés ? Simples peurs ? »

    Mais on ne lui prêta pas attention

    A cet immigré qui, dans le fond,

    Ne pouvait voter.

    La rumeur avait enflé.

    On ouvrit grand les yeux !

    On était bouche-bée !

    Était-ce donc le pouvoir

    et non, du citoyen, l'intérêt,

    Qui poussait ces grands hommes

    A discourir de telle façon

    Qu'il nous fallait voter ?

    On eut les yeux ronds !

    On poussa force jurons !

    Tout de suite, on se rua

    Au palais de l’Élysée.

    Force était de constater

    Que l'Imposteur était comme à son habitude

    En réunion…

    On l'injuria, on le montra du doigt.

    Le peuple, à l'unisson,

    A la question « Le Président doit-il rester ? »

    Répondit NON !

    Ainsi fut fait.

    Pendant ce temps dans l'ombre,

    Le Citoyen ayant préparé un plaidoyer,

    Se hissa au balcon et dit :

    « Peuple, je t'ai compris ! »

    On cria « Oh, sauveur ! Oh, majesté ! »

    Et sa présidence fut votée.

    Le Citoyen devenu Président,

    Rien ne changea pour autant.

    A l'Immigré de ne pas s'être fait entendre,

    Il en conclut une sauvage Démocratie,

    Vicieuse et méprisante

    Trouvant échappatoire au plus offrant.

     

    Moralité :

    Il n'est d'habile parleur

    Qui ne se batte réellement pour l'égalité

    Que pour satisfaire

    Ses propres intérêts,

    Reléguant au dernier plan

    L'intérêt même du citoyen modèle,

    Méprisant les étrangers du système.

     


     

     

    Sadie a posé sa guitare pour nous offrir une fable qui mérite que l'on y porte attention et que l'on y réfléchisse !

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Février 2015 à 20:36

    Une fable digne des plus grands auteurs tant par sa beauté que par sa moralité ! [Moi aussi je fais des rimes maintenant xD]

    Un grand bravo à Sadie pour ce poème !

    2
    Mercredi 18 Février 2015 à 16:30

    Tellement vrai. Bien écrit et bien tourné. Bravo.

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